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 Marc.

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Marc Deschamps
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MessageSujet: Marc.
Mer 29 Juil - 19:28

Présentation de Marc Deschamps


Etat Civil


Nom : Deschamps.
Prénom : Marc.
ge : 24 ans.
Caste : Artiste.
Statut : Citoyen.

Particularités : Il est spécialisé dans le trompe-l'oeil et fait principalement de la peinture sur mur et sur sol, mais s’essaie également depuis quelques temps au body painting.

Rang personnalisé : Painted boy
Code:
[color=#cc0000]Pain[/color][color=#009900]ted boy [/color]

Description Mentale

De nature calme, il se met rarement en colère et, lorsqu’il l’est, préfère ne pas trop le montrer XX Assez discret, il n’aime pas faire de vagues XX Parfois qualifié de trop sérieux XX Apprécie pourtant l’humour, et particulièrement l’humour noir XX  Assez peu tactile XX N’aime pas les endroits trop bruyants XX Sensible, il n’aime toutefois pas faire étalage de ses sentiments. On lui a déjà reproché d’être trop fermé, mais il peut se montrer très expressif quand il est en compagnie de personnes avec qui il est particulièrement proche.   XX A les épaules solides XX Bordélique. Très, très, bordélique. XX Rêvasse souvent XX Prend régulièrement le tramway sans destination particulière et s’égare parfois volontairement dans des rues qu’il ne connaît pas XX N’aime pas être qualifié de talentueux et préférerait qu’on reconnaisse les efforts qu’il a accomplit afin de pouvoir atteindre le niveau qu’il a aujourd’hui XX S’intéresse à beaucoup de domaines artistiques autres que les siens XX A parfois le sentiment d’étouffer entre les quatre murs de la ville XX A la fois fasciné par la forêt et terrifié par ce qui s’y trouve XX N’adhère pas aux thèses des Originels et considère comme fous ceux qui désirent vivre en dehors de la muraille, mais n’est pas pour autant en accord avec la manière de fonctionner du régime, notamment à propos de la surveillance exercée sur les citoyens et de la façon d’éduquer les enfants XX N’a cependant jamais manifesté la moindre velléité d’opposition, trouvant plus sage de rester discret sur ses opinions XX Se trouve lâche.


Description Physique

Quand il peint ou qu’il tague, il porte systématiquement des vêtements blancs et un casque anti-bruit XX Blond aux yeux gris XX Préfère avoir les cheveux courts XX Grand et mince XX Plutôt banal XX Ne prête pas beaucoup d’attention à ses vêtements et met principalement des habits passe-partout XX  Quand il n’est pas recouvert de tâches de peintures, il se fond assez facilement dans le paysage XX  On lui a dit à plusieurs reprises qu’il était beau quand il souriait, mais il n’accorde pas de réel crédit à ce point de vue XX A des problèmes de vue assez faibles, mais préfère tout de même garder ses lunettes en permanence. Il en porte depuis son enfance, et ses yeux y sont si habitués qu’ils en deviennent douloureux s’il les retire trop longtemps XX A tendance à marcher plutôt lentement XX Souvent chaussé d’une paire de basket XX Une cicatrice blanche marque la plante de son pied gauche, fruit de la rencontre accidentelle entre sa chair et un éclat de verre qui n’aurait pas du se trouver là XX Pratique régulièrement l’escalade XX Sait aussi manier une épée de façon correcte, ayant longtemps prit des cours d’escrime avec son frère. XX  Peut paraître un peu distant au premier abord, mais c’est la plupart du temps involontaire XX A de grandes mains XX Porte un bracelet en métal au poignet droit qu’il a reçu de son frère et où est gravé le prénom de ce dernier.

Histoire


- Marc ! Tu recommences !

Mon front se plisse légèrement, et je ne réagis pas, concentré sur mon dessin. Apparemment agacé, le pédagogue attrape ma main pour suspendre mon geste. Je me mord les lèvres et garde la tête résolument baissée.

- Combien de fois t’ai-je dis de ne pas dessiner sur les tables ?

Tout les autres enfants me fixent. Nous sommes en cours d’art plastique, et si chacun use à son gré de pinceaux, de feutres et de papiers colorés, je suis le seul à  avoir volontairement délaissé la feuille blanche distribuée en début d’heure pour recouvrir ma table de peinture. Devant mon mutisme, le pédagogue soupire.

- Viens avec moi.

Il confie la classe à son stagiaire, m'entraîne dans le couloir, et s’agenouille face à moi, sans doute pour se mettre à ma hauteur. Je détourne aussitôt les yeux vers le sol.

- Regarde moi, Marc.

Je ne réagis pas.

- Marc…

Avec réticence, je lève le regard vers lui. Il n’y a pas vraiment de colère dans son regard, plutôt une certaine lassitude.

- Pourquoi tu t’obstines à faire ça ?
- Je…

Mes yeux commencent à se remplir de larmes, et je les essuie aussitôt. Lisa me le dit tout le temps : un grand garçon, ça ne pleure pas.

- C’est… c’est la feuille…elle est trop petite.

***

- Alors, il parait que tu t’es encore fait disputé ?

Je fais la moue face au reproche perceptible dans la voix de ma soeur, et mon frère esquisse un sourire. Ce n’est pas la première fois que je me fais réprimander de la sorte, et ils le savent tout les deux très bien.

- Fais pas la tronche, me lance Damien avec une bourrade affectueuse. T’as qu’à te considérer comme un artiste incompris.
- Ne l’encourage pas, soupire Lisa.
- Arrête, t’as vu un peu les trucs qu’il fait ?
- Ce n’est pas le problème. Il n’a pas à dégrader le matériel du Complexe.
- Je suis désolé…

Ils se tournent de concert vers moi, et je me ratatine face au regard désapprobateur de ma grande soeur.

- Ça ne suffit pas, d’être désolé. Ce sont juste des mots. Si tu es vraiment désolé, alors agis et change ton attitude.
- Oui…
- Détend-toi, soeurette, intervient mon frère avec son éternelle jovialité. Il n’a que neuf ans, pas la peine d’être aussi sévère.
- Je te signale que…
- Détend-toi, j’te dis ! l’interrompt-il dans un soupir. Vous pouvez pas arrêter d’être aussi sérieux, tout les deux  ? Vous passez votre temps à tirer la tronche ! Tiens Lisa, regarde, c’est comme ça qu’on sourit, j’te rapelle.

Il pince ses joues et les étire vers le haut pour que ses lèvres forment un demi-cercle, et elle baragouine des protestations difficile à prendre au sérieux au vu de ses difficultés à articuler. Alors qu’elle essaie de le repousser, visiblement agacée, mon rire s’élève dans les airs. Ils se figent tout les deux et me regardent, étonnés. Je referme aussitôt la bouche et détourne les yeux, les joues légèrement rouges.

- Notre petit bout vient de rire, là ? demande Damien en lâchant les joues de sa jumelle, qui s’écarte immédiatement d’un pas avec méfiance.
- Dommage que ce soit pour une de tes conneries.
- Hé ! Je ne te permets pas !
- Encore en train de vous disputer, les enfants ?

Nos parents viennent d’entrer dans la pièce. Aussitôt, l’ambiance change. Le sourire qui avait fleurit sur mes lèvres retombe, et par réflexe, je me déplace pour me cacher derrière ma soeur. Je sais que je ne devrais pas, bien sûr. Après tout, maman et papa sont gentils. Ils viennent deux ou trois fois par mois, nous parlent beaucoup, nous posent des questions sur nous, et parfois, ils nous racontent aussi des choses sur eux. Mais ils ne m’ont jamais vraiment mis très à l’aise, et je crois que c’est pareil pour Damien et Lisa.

Aucun de nous trois n’agit vraiment comme d’habitude, quand ils sont là.

***

- Je crois que j’ai peur, Marc.

Marie et moi sommes assis sur la plage au bord du lac Felicitas, épaule contre épaule. Je tourne la tête vers elle, curieux de cette soudaine prise de parole.

- Peur de quoi ?
- Qu’on me dise que je n’ai pas ma place chez les scientifiques.
- Il n’y a pas de raison.

Un soupir nerveux franchit ses lèvres.

- Je n’ai pas un si bon niveau que ça.
- Mais si.
- Oh, je t’en prie ! C’est facile pour toi, tout le monde sait que tu as du talent et que tu seras accueilli à bras ouverts chez les artistes. Mais moi… j’ai beau travailler, j’ai toujours l’impression d’avoir un temps de retard sur les autres.
- Parce que tu t’imagines que pour moi, c’est venu tout seul ? Que je ne passe pas aussi des heures à m’entraîner ?

Mon ton s’est fait plus froid, et elle baisse les yeux vers l’eau du lac.

- Non… non, bien sûr que non. Désolée. Ce n’est pas ce que je voulais dire. C’est juste que…

Elle ne finit pas sa phrase. Je soupire à mon tour.

- Je sais. Mais arrête de t’inquiéter inutilement. Ça ne t’avancera à rien, d’autant que je suis certain que tu seras acceptée.
- Tu crois ?
- Mais oui. Tu travailles dur, il n’y a pas de raison.

Elle ne répond pas et glisse sa main dans la mienne. Désormais silencieux, nous contemplons alors les reflets que le soleil fait miroiter sur le lac. Ni elle ni moi ne sommes particulièrement bavards, et il n’est pas rare que nous partagions ensemble ce genre de moments paisibles et sans paroles. C’est l’une des choses que j’aime avec elle. Je lui jette un regard alors que ses yeux, quelque peu dissimulés par sa frange de cheveux noirs, sont perdus dans le vague. Cela fait un an que je suis amoureux d’elle, un mois que nous sortons ensemble, et je dois avouer que sans mon frère pour m’y pousser, je n’aurais sûrement jamais osé me déclarer.

Sans détourner le regard du lac, Marie pose sa tête sur mon épaule, et son murmure est à peine audible. J’esquisse un léger sourire, et presse doucement sa main.

***

Allongé sur le canapé, je feuillette un livre tandis que Damien est accoudé à la fenêtre. Nous vivons ensemble depuis mon départ du Complexe pédagogique et étant tout deux dépourvus du moindre sens du rangement, notre salon est dans un état catastrophique, sans que ni lui ni moi ne nous en alarmions réellement.

- Faudrait ranger, me lâche soudainement Damien.
- Oui.
- Fais-le.
- Fais-le, toi.

Il soupire profondément et débarrasse le fauteuil des quelques affaires qui y traînent avant de s’y asseoir en serrant contre lui son oreiller.

- Je m’ennuie.
- J’ai remarqué.
- Parle moi.
- De quoi ?
- Je m’en fiche. De n’importe quoi qui puisse me distraire.

Je lève les yeux vers lui, et il me rend mon regard avec un vague espoir.

- Tu ne m’as jamais dis ce qui s’est passé entre toi et Lisa.

Une grimace furtive étire ses traits. Il détourne les yeux et hausse les épaules.

- Demande lui.
- Elle évite le sujet à chaque fois. Comme toi.
- Ah.

Silence. Je soupire.

- Tu devrais aller lui parler.
- C’est elle qui ne veut plus.
- Tu sais bien qu’elle est juste trop fière pour faire le premier pas.
- Si elle n’est pas capable de mettre sa fierté de côté pour moi, c’est pas la peine.
- Vous êtes aussi têtus l’un que l’autre, je grogne.
- Je te rassure, t’es pas mal dans ton genre non plus quand tu t’y mets. Ça doit être de famille.

Je ne répond rien et tourne une page de mon livre. Au bout de quelques minutes, sûrement lassé de son ennui, il me balance son oreiller au visage.

***

- Elle m’a larguée.

Assis sur son lit d’hôpital, Damien écarquille les yeux et me fixe, l’air stupéfait.

- Marie ?
- Qui d’autre ?
- Mais, que… pourquoi ? Elle était complètement raide dingue de toi !

Je hausse les épaules, sans parvenir à avoir l’air indifférent.

- Selon elle, je ne… m’impliquai pas assez dans notre relation, disons. C’était toujours elle qui prenait l’initiative de nous organiser des sorties, je ne l’appelai pas assez souvent, ne lui montrais pas assez que je tenais à elle… apparemment, ça faisait un bon moment qu’elle avait l’impression de m’aimer plus que je ne l’aimais.
- Connasse.
- Ne l’insulte pas. Elle n’avait pas foncièrement tort.
- Connasse quand même.
- Je t’ai dis d’ar…
- La ferme. Elle a fait pleurer mon petit frère, alors c’est une connasse, point.
- Je n...
- Oh, je t’en prie.

Je n’ai rien à répondre à cela et laisse passer un silence, la gorge légèrement nouée. Au bout d’un moment, je choisis de le rompre en changeant de sujet, ce qui vaut sans doute mieux pour moi.

- Et toi, ça va comme tu veux avec Johann ?
- Ouais. Il est venu me voir tout à l’heure, tu l’as manqué de peu.
- Oh. Dommage.
- Il m’a offert des roses en plastique.
- C’est mignon.
- Plutôt ridicule, je dirais, mais hé, que veux-tu, il a toujours été plus romantique que moi. Dis, p’tit bout, tu voudrais bien me rendre un service ?
- Hm ?
- Quand je mourrais, rend lui visite de temps en temps. J’ai peur qu’il fasse une connerie.

Mon sang se glace dans mes veines. Damien, lui, me regarde droit dans les yeux, l’air imperturbable. Je prend une inspiration un peu tremblante, et hoche la tête.

- Je te le promets.
- Merci.

***

- Alors ?
- Il est rentré à l’appartement.
- Il va mieux ?
- Non. Les traitements sont toujours aussi inefficaces. C’est lui qui a demandé à quitter l’hôpital.
- Il est fou ! Il…
- Lisa, je la coupe d’un ton las. Ça ne sert plus à rien, il le sait, et tu le sais très bien aussi.

J’entends sa voix trembler à l’autre bout du téléphone.

- Mais s’il refait une crise…
- Il n’y survivra pas.
- Mais il...
- Il mourra probablement dans le courant du mois.
- Comment tu peux dire ça comme ça ?!

Le reproche contenu dans sa voix me fait frémir de colère. Je crispe ma main autour du combiné, et prend une grande inspiration.

- Moi, au moins, je suis à ses côtés. Je n’appelle pas une fois par semaine pour donner des leçons sans jamais lui rendre visite. Je ne refuse pas de lui adresser la parole depuis des années parce que je suis incapable de mettre mon orgueil de côté. Je n’ai pas abandonné mon propre frère alors que je savais depuis longtemps que sa maladie le tuerait. Alors oui, il va mourir, mais contrairement à toi, moi, je suis et serais là, comme je l’ai toujours été.
- J…
- Ce n’est plus la peine d’appeler. Si tu veux vraiment des nouvelles, tu connais notre adresse.

Je raccroche sans attendre sa réponse, les mains tremblantes. Je me laisse tomber contre le mur et lève la tête vers le plafond pour réfréner les larmes qui me brûlent les yeux. Je passe une main sur mon visage et étouffe un sanglot.

Calme-toi, Marc.

Un grand garçon, ça ne pleure pas.


***


J’ouvre la porte de notre appartement, et aussitôt, Damien déboule dans l’entrée. Malgré sa faiblesse, sa maigreur et sa peau anormalement pâle, il est fermement campé sur ses deux jambes et braque sur moi un regard intense.

- Mon frère, commence-t-il par dire avec gravité.
- … Damien ?
- Il est temps.
- Pardon ?
- Suis-moi.

Il se détourne et marche d’un pas solennel vers notre cuisine. Je lui emboîte le pas, légèrement anxieux, et me serais probablement demandé si sa maladie ne l’avait pas rendu fou si je n’étais pas habitué depuis longtemps à ses étranges lubies. Dès que nous franchissons la porte, je remarque les ingrédients étalés sur la table, et fronce les sourcils.

- … Tu vas me donner un cours de cuisine ? je demande, perplexe.
- Pas n’importe quel cours de cuisine, maraud ! réplique-t-il avec force. Je vais t’enseigner la recette qui fait depuis des années la fierté de mon nom, et dont personne d’autre que moi n’a jusqu’alors compris les subtilités ! Mais puisque le sang qui coule dans tes veines est semblable au mien, je consens à faire de toi l’héritier de mon savoir. Montre t’en reconnaissant, mon frère.
- Tu parles de l’omelette avec du riz fourré à l’intérieur ? Je te rappelle que si t’as inventé ça, c’est juste parce qu’on devait finir les oeufs et le r…
- Silence, mécréant, et montre toi humble face à l’honneur que je t’accorde !

Je referme les lèvres et consens à garder le silence, humble mécréant que je suis. Il commence à m’expliquer vigoureusement les raisons de l’importance de chaque ingrédient, et je m’étonne de l’énergie dont il fait preuve. Il est rentré de l’hôpital il y a deux semaines, et si son état n’a montré aucun signe de dégradation, on ne peut pas dire qu’il se soit amélioré pour autant. Damien commence à me montrer le début de la recette, et je me concentre sur ses gestes, attentif à la préparation, mais surtout à son état. Il ne semble toutefois pas faiblir un seul instant, et lorsqu’un peu moins d’une heure plus tard, nous contemplons les deux omelettes dans nos assiettes, il croise les bras d’un air satisfait.

- Demain, tu feras la même chose, mais seul. Je tiens à évaluer les résultats de mon apprentissage.
- D’accord, d’accord. Mais il est quatre heures de l’après-midi, tu tiens vraiment à manger ça maintenant ?
- Ça ? Ça ? répète-t-il d’un air offusqué. Un peu de respect, cornegidouille ! Il s’agit de l’omultime, et il n’y a pas d’heure pour la savourer !
- Cornequoi ?
- Pénélope m’a apprit ce mot, l’autre jour, il parait que c’est une insulte en vieux français. Ou un juron, je sais pas trop.
- Oh.
- Trêve de bavardages, maintenant. Mangeons.
- Oui, oui. Bon appétit.
- De même.
- Comment t’as appelé ça, au fait ?
- De quoi ?
- L’omelette.
- L’omultime, corrige-t-il avec un regard sévère.
- Ah. D’accord, c’était juste pour être sûr que j’avais bien entendu.

Il avait du longtemps réfléchir avant de trouver ce nom : ça faisait deux ans qu’il avait inventé la recette, et jusqu’alors, il ne l’avait jamais clairement nommée. A moins qu’il n’ait tout simplement jamais songé  à le faire avant et qu’il vienne d’inventer ça à l’instant, dans l’élan enflammé de son discours. Pour être franc, ça lui ressemblerait mieux.

Nous commençons à manger, silencieux. En tendant l’oreille, je remarque que sa respiration est plus rapide que d’ordinaire, et crispe un instant les doigts autour de ma fourchette, sans toutefois faire de remarque. C’est la première fois depuis longtemps que nous passons ensemble un moment sans évoquer sa maladie, et je n’ai pas envie d’y mettre fin tout de suite en lui conseillant d’aller se reposer. Plus tard. Quand nous aurons fini nos assiettes, quand il aura terminé son dernier discours solennel, quand j’aurais vaguement juré de ne dévoiler la recette qu’à l’héritier que j’estimerais digne d’elle.

Et en attendant, nous mangeons tout les deux bien plus lentement qu’à notre habitude.


***

Damien se tient là, debout au milieu du salon à fixer la toile qu’un ami m’a offerte le mois dernier, puis soudain, presque sans un bruit, il tombe sur le sol.  
Je reste un instant paralysé, à le fixer sans comprendre. Puis son souffle douloureux lorsqu’il prononce mon nom agit comme une décharge électrique ; je me précipite vers lui en hurlant le sien. Une de ses mains est crispée contre sa poitrine, alors j’attrape l’autre et la serre de toute mes forces. Des larmes inondent rapidement mes yeux, rendent flou son sourire.

- Ta chambre...

Je me fige, dérouté. Pardon ?  Il continue de sourire, et j’essuie mes larmes du revers de la main avant de le soulever dans mes bras. L’heure n’est plus aux questions. Je grimpe précipitamment l’escalier, ouvre la porte de ma chambre, entre, la referme, et dépose mon frère sur le matelas au centre de la pièce. Agenouillé à côté de lui, je laisse un bras autour de son dos pour qu’il puisse rester assit et regarder les murs.

- C’est beau… murmure-t-il, et les larmes dévalent une nouvelle fois mes joues.
- Et inachevé. Je t’avais dit de pas rentrer dans ma chambre.  
- Tu… l’avais mal fermée.
- C’est ça, ouais, prend moi pour un con.

Cela fait des semaines que je travaille sur la nouvelle décoration de ma chambre : quatre trompe-l’œil, de larges fenêtres menant chacune sur des paysages différents. J’ai fini le troisième il y a quelques jours - un chemin de terre serpentant à travers une plaine vallonnée - et Damien désigne d’un faible mouvement de tête le seul mur resté blanc.

- Tu vas y… faire quoi ?
-Je… je sais pas, je… J’avais pensé à une forêt.

Court silence. Mes mains tremblent. Sa voix aussi.

- Tu sais, je… j’aurais aimé… vivre dans la forêt.
- Je sais. Je l’ai compris il y a un moment.
- Ah bon… ça… ne m’étonne pas. T’as toujours été…intelligent.
- D’ailleurs, si tu veux mon avis, t’es un grand malade.
- Haha, ouais… ouais, peut-être.
- Est-ce que c’est pour ça que… que toi et Lisa…?

Il ne répond rien et tourne lentement la tête vers les montagnes sur sa droite, un faible sourire sur le visage. Il est pâle, bien trop pâle, et je peux le voir même à travers ma vision brouillée par les larmes. Soudain, une nouvelle grimace de douleur déforme son visage, et il se courbe brusquement vers l’avant, les deux mains sur la poitrine. Sa respiration se fait difficile, bien trop difficile, et j’écarquille les yeux. Il se rallonge sur le matelas.

- Hé, Dam... Non, putain, Damien !

Il ferme les yeux, les traits marqués par la souffrance, et mon sang se glace dans mes veines. Non. Non, pas maintenant. Rouvre les yeux. C’est impossible, pas maintenant, ça va trop vite. Je savais que ça devait arriver, mais ça ne devait pas arriver aujourd’hui - ça ne peut pas arriver aujourd’hui. Pas vrai ? Demain, peut-être, après-demain, quand tu veux, mais pas aujourd’hui. Je le secoue avec force, incapable d’accepter ce qui se déroule devant mes yeux aveuglés par les larmes. Reste ! Un peu, juste encore un peu, s’il-te-plaît, ça peut pas se finir comme ça, ça peut pas se finir tout court. Me fais pas ça, t’as pas le droit, merde, t’as pas le droit de me laisser tout seul. Je t’aime, arrête tes conneries, putain, relève toi ! Tiens bon, je t’en supplie Dam’, t’as pas le droit de crever, t'as jamais eu le droit, pas toi. Pas toi !

Je ne sais pas quand est-ce que j’ai commencé à crier. Il resserre faiblement l’une de ses mains autour de la mienne, et son sourire crispé met court à mes supplications insensées.

- ...j’t’aime tellement, ‘tit bout. Pr...end soin d’elle.

Il ferme les yeux, et la pression sur mes paumes se relâche. Mon cerveau devient blanc. Je le fixe, paralysé. Puis soudain, j’hurle son nom. Une fois, deux fois, dix fois, trente fois, à m’en faire saigner la gorge. Je m’agrippe à ses vêtements, secoue son corps immobile, pose la tête contre sa poitrine, et continue de hurler jusqu’à ce que des bras étrangers m’arrachent à son cadavre déjà froid.

***

Assis sur un banc du tramway, je regarde d’un oeil absent le paysage défiler derrière la vitre.

Lisa m’a annoncé hier qu’elle se mariait l’été prochain. Elle m’a demandé d’être son témoin, j’ai dis oui, et elle s’est mise à pleurer. Elle m’a parlé de Damien, évidemment. J’aurais tellement aimé qu’il soit là, je regrette. Oh si tu savais à quel point je regrette, qu’elle m’a gémit entre deux sanglots. Je n’ai rien dis et je l’ai serré contre moi, ravalant les mots amers qui me brûlaient la gorge.  

- Hé, Marc ! Tu rentres chez toi ?

Tiré de mes sombres pensées, je tourne la tête vers la voix qui m’a interpellé. Nancy me sourit et s’installe à côté de moi. Je décale mon sac pour lui faire de la place.

- Non, je fais juste un tour. J’ai besoin de me vider l’esprit, je crois.
- Oh… d’accord.

J’imagine qu’elle pense que c’est en lien avec la mort de mon frère. Mais elle m’a déjà présenté ses condoléances il y a trois mois, et n’ose de toute évidence plus aborder le sujet. A la place, elle désigne mes vêtements couverts de tâches colorées.

- Tu viens de peindre quelque chose ?
- Oui, je me contente de répondre avec un faible sourire.
- Quoi donc ?
- Les murs de ma chambre. Ça faisait longtemps que ça traînait, et je suis content d’avoir fini.
- Encore un trompe-l’oeil, j’imagine ?

Je hoche la tête, et elle n’insiste pas pour avoir plus de détail, ce dont je lui suis reconnaissant. Un silence s’installe, un peu gênant. Me sentant coupable de lui imposer mon humeur maussade, je commence à la questionner sur l’exposition qu’elle doit présenter la semaine prochaine. Elle s’anime aussitôt et, ravie, commence à m’expliquer l’ensemble de son projet. Le regard posé sur elle, je ne l’écoute toutefois que d’une oreille.

L’image de Damien, riant dans une forêt paisible, danse tel un spectre devient mes yeux.


Joueur


Prénom-Surnom : Stalkeur.
ge : 18 ans.
Comment as-tu trouvé le forum ? “- He he he, tu sais quoi ?
- Je vais le savoir ?
- .... On bosse sur un nouveau forum C:
- .... Je vous hais ._.  “
Code du règlement : Validé, mais c'est bien parce que c'est toi et que t'as craqué. ♥
Autre : ... J'ai craqué.


Dernière édition par Marc Deschamps le Jeu 30 Juil - 14:19, édité 1 fois
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Naël Ulaneau
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MessageSujet: Re: Marc.
Jeu 30 Juil - 10:54

Bienvenue sur le forum, petit stalkeur ! ♥

Eeet je suis désolé, mais on s'occupera de ta fiche à notre retour. Si tu nous en veux, euuuh... On trouvera une manière de se racheter. Promis, on trouvera. °^°

(Et je te l'ai déjà dit sur la cb, mais j'adore ton histoire.)


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Marc Deschamps
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MessageSujet: Re: Marc.
Jeu 30 Juil - 13:48

JE VOUS EN VEUX

BEAUCOUP

Rachetez-vous iiih

(Merci ♥️ )
(Promis, si je fais encore une fiche sur un de vos forums, je ferais des descriptions rédigées juste pour te faire plaisir patpat )
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Naël Ulaneau
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MessageSujet: Re: Marc.
Mer 5 Aoû - 10:16

Là, là, te voilà validé. Amuse-toi bien sur le forum, petit piou ♥


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MessageSujet: Re: Marc.

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Marc.

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